Nous sommes tous différents et oui nous le savons très bien. Quelques fois, il est difficile d’accepter ses propres différences ou les différences d’autrui et les accueillir est encore plus compliqué. Parler de la différence n’est pas non plus commode. Il faudra déjà commencer par se poser une question dont la réponse dévoile souvent un défaut, un manque ou une faiblesse et par conséquence une vulnérabilité : Qu’est-ce que ça veut dire « être différent » ? Être roux, avoir les oreilles décollées, avoir les yeux bridés, avoir des taches de rousseur, être corpulent, trop maigre, parler différemment, to speak in another language, mezclar idiomas, ne pas parler du tout à l’école, se comporter bizarrement, être en situation d’handicap.

Je suis maman d’un enfant avec spécificités et d’origine étrangère. Mon expertise dans ce sujet se résume à mon vécu, donc il ne serait pas honnête de ma part de faire des généralités. Toutefois, je voudrais partager une de mes références préférées sur la différence, celle qui m’a révélé la richesse de la diversité, la beauté dans les particularités, et même une certaine fierté. Évidemment que tout n’est pas facile lorsqu’on vit avec une singularité au quotidien. Néanmoins, ce qui fait vraiment souffrir, c’est l’exclusion, la discrimination, l’oppression et l’indifférence. Les vrais désavantages qui empêchent le développement de nos capacités en liberté sont de caractère plutôt sociaux. Je vous invite à réfléchir, avec de l’empathie, mais sans condoléances, sans pitié.

Chez Autistan

…la force de la communauté se mesure au

bien-être du plus faible de ses membres,...

Préambule de la Constitution fédérale de la Confédération suisse

C’est une citation que Josef Schovanec, porteur d’autisme, nous partage toujours à la fin de ses interventions. Il est écrivain, philosophe français qui milite pour l’amélioration de conditions de vie de personnes dans le spectre de l’autisme. Le terme « Autistan » a été inventé par Schovanec pour designer le monde d’autistes. Il voyage aussi dans le monde entier, rencontre des personnes et des lieux hors norme en accumulant des anecdotes qui nous font réfléchir sur l’autisme, mais surtout sur les différences. Sa perspective est inestimable d’autant plus elle est authentique et provient de l’intérieur…d’Autistan.

Sa dernière rencontre a été chez Mme Ivette Dardenne, collectrice de la plus grande compilation de boîtes en fer-blanc au monde et auteure du livre « Au bonheur des boîtes ». Chacune de ses boîtes est unique et appréciée pour ce qu’elle est, nouvelle ou ancienne, petite ou grande, classique ou singulière, abîmés ou pas, elle s’intéresse à toutes. La vie d’Ivette est régie par ses boîtes (plus de 60 000), chaque boîte représente un événement, un souvenir, une histoire. Par exemple, le décès de son mari n’est pas enregistré par une date, mais par une boîte. Cette collection, cette façon d’être, pourrait évoquer chez certains le mot « pathologie ». Josef nous aide à mieux comprendre. En plus de mettre en valeur cette précieuse collection, il nous fait découvrir chez Ivette la capacité d’apprécier les détails, la faculté d’organisation, de créativité, sa mémoire et son courage.

Pluralité de possibles

L’avenir de nos sociétés devra faire appel aux talents différents, aux compétences singulières, qui sont propres, entre autres, aux personnes concernées par l’autisme.

Josef Schovanec

Le discours de Schovanec est puissant, luisant et drôle. Chaque fois que je l’écoute soit en conférence, à la radio ou en vidéo sur Internet, il m’inspire à réfléchir autrement, à apercevoir et à questionner avec un autre regard le monde. Son but est de nous sensibiliser à l’autisme, pourtant son message est plein d’humanité qu’il est difficile de rester indifférent et de ne pas se sentir concerné. Ces livres nous apprennent beaucoup sur son vécu, mais aussi dénoncent et je cite « une société étouffé par l’excès de la norme ». Toutefois, il nous transmet aussi de l’espoir dans l’avenir de l’humanité.

Schovanec est Ambassadeur du projet « Construire une université Aspie-Friendly ». Le terme aspie est utilisé pour designer des personnes porteuse d’autisme sans déficit intellectuel, le nom provient du syndrome d’Asperger. Ce projet, lancé en novembre 2018, est mené par Bertrand Monthubert, ex-président de l’Université Toulouse III Paul Sabatier. L’objectif est de mieux accompagner les étudiants concernés. Josef Schovanec déclare « il s’agit de donner, de redonner leur place à toutes les personnes, à tous les étudiants porteurs d’autisme, porteurs de différences, au sein même de l’université ». Quel paradoxe ! Le mot « université », n’est-il pas supposé faire référence à l’universalité, à la totalité, à l’ensemble ? En tous cas, c’est un projet qui met en valeur les personnes différentes, elles sont reconnues indispensables dans l’évolution de la vie académique. Le chemin est encore long pour que notre société devienne aspie-friendly ou plus inclusive.

Inclusion

L’éducation inclusive vise à assurer de manière pleine et effective l’accessibilité, la participation, l’assiduité et la réussite de tous les élèves et, plus particulièrement, de ceux qui, pour diverses raisons, vivent l’exclusion ou risquent de connaître la marginalisation


Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2020 (UNESCO)

Une école inclusive est un des engagements politiques de ce quinquennat, des aménagements à la scolarité des enfants porteur d’un handicap se développent. La stratégie pour arriver à cette aspiration politique est de promouvoir l’éducation inclusive, elle est aperçue comme l’ingrédient essentiel dans la création de sociétés inclusives. « L’éducation inclusive est un processus, pas une finalité » est indiqué sur le rapport mondial de l’UNESCO sur le suivi de l’éducation. Sur le terrain, la situation est plus compliquée et complexe. D’après ce rapport, « L’inclusion exige que le système évolue pour s’adapter à l’enfant – mais cela se fait rarement, en partie en raison des contraintes de ressources, en partie en raison des mentalités, et en partie en raison d’une interprétation différente du concept ». À l’école, nous sommes encore loin d’avoir de résultats mais au moins la réflexion a commencé.

Moquerie et harcèlement

La différence est « pathologisée »

dans notre société

Hugo Horiot

Comme pour beaucoup de parents d’enfants avec particularités, la différence à l’école est un sujet qui nous évoque la moquerie et/ou le harcèlement scolaire. En effet, le harcèlement est fondé sur le rejet de la différence et sa stigmatisation. Les jugements sur les différences liées à l’apparence physique sont les plus fréquents. Entre les différences susceptibles de déclencher le harcèlement, on trouve aussi : l’identité de genre, les handicaps et l’appartenance à une minorité sociale ou culturelle. Comme parents, nous sommes inquiets par les conséquences de la moquerie ou le harcèlement, comme par exemple : une exclusion du groupe qui fait le « contrôle de conformité », une dévalorisation permanente, un stress ou même une phobie scolaire chez nos enfants. Le problème est complexe et il ne suffit pas de dire à la maîtresse, ou de demander à nos enfants d’éviter de se moquer d’autrui ou de respecter l’autre. Pour agir contre le harcèlement à l’école, des stratégies sont mises en place par l’éducation nationale. Néanmoins, il me semble que pour un problème si complexe une réflexion plus profonde sur la différence est nécessaire.

Les témoignages sur les souffrances à l’école à cause de la différence sont nombreux et variés. Celui de Hugo Horiot m’a beaucoup marqué. Il est comédien, écrivain et porteur aussi d’autisme. Dans son livre « L’empereur, c’est moi », il nous partage ses sentiments, sa façon de regarder le monde, sa logique, ses combats. Son récit est brutal et émouvant à la fois. Il critique l’hypocrisie sociale, il dénonce la triade qui règne comme principe civique : la raison, la force et le pouvoir. Il nous raconte comment il a dû faire face à la peur, à la compétition et à la soumission qui a vécu à l’école. Il y a tellement de principes explicites et implicites avec lesquelles nous vivons comme des vérités incontestables et qui font du mal à nos enfants. Je vous invite à écouter attentivement ces témoignages honnêtes qui ne cherchent qu’à être entendus. Il est temps de se mettre en question.

Voici une métaphore que Schovanec nous offre pour nous inviter à créer de liens entre ceux qui nous sont différents: « Quand on creuse un tunnel il faut s’y attaquer simultanément à partir de ses deux extrémités. »

Le livres pour enfants sont aussi de ressources pour commencer à apprendre de leçons. Je vous invite à lire:

  • Edgar, de Alan Mets
  • La petite casserole d’Anatole, de Isabelle Carrier
  • Mon ami, d’Astrid Desbordes
  • Chips et Biscotte, de Mickaël Jourdan
  • Un ours dans ma classe !, de John Lavoignat

Rédigé par Selene

Un commentaire sur « 4/12/19 – Sur les différences »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.