Parce que l’optimisme prend aujourd’hui, plus qu’hier et moins que demain, tout son sens, les manifestations de solidarité m’émeuvent et me font garder foi et espoir en l’être humain.  Gare aux détracteurs qui s’aviseront de me dire « les gens sont solidaires parce que c’est la crise, quand tout ça sera derrière nous, il n’en sera plus », je leur répondrai que nous ressortirons tous différents de cette période troublée, grandis sans doute. J’affronterai demain avec une confiance exacerbée, que certains qualifieront d’utopique, en l’être humain et en ses capacités à se rappeler des bienfaits d’un monde de bienveillance et de coopération.

S’il y a donc bien un terme que je ne pensais employer durant cette crise sanitaire mondiale, c’est celui d’inégalité. En effet, aujourd’hui, nous sommes tous potentiellement en prise à ce virus malfaisant, qui se propage à une vitesse fulgurante. Aucune région du monde n’est épargnée, aucune personne, de par sa naissance ou de par son rang n’est invincible face au coronavirus.

Alors pourquoi parler d’inégalité ?

Avant toute chose, qu’est- ce que l’inégalité ? En quoi se distingue-t-elle de la différence ?
Une inégalité ne s’entend que si l’accès à un bien, à un service ou à une pratique peut être hiérarchisé ou classé, sinon il ne s’agit que d’une différence.

Si la question des inégalités est duale (le contenu de l’inégalité et les individus visés par ces inégalités), l’inégalité a été vulgarisée et bien souvent réduite à la sphère monétaire.
En réalité, son périmètre est bien plus vaste puisqu’elle intègre le domaine de l’emploi, de la santé, en passant par les loisirs et par ce qui nous intéresse aujourd’hui l’éducation et plus précisément l’instruction.

16 Mars 2020 : Les parents et la continuité pédagogique

Depuis le 16 mars, tous les parents de France ont été sollicités afin de porter la vêture de celui qu’on nommait jadis le précepteur qui désignait la personne chargée de l’éducation, de l’instruction d’un enfant (de famille noble, riche…) à domicile. Fort heureusement, sont intervenues les lois de Jules Ferry qui rendirent l’école obligatoire et permirent l’accès de tous à l’instruction.

« La continuité pédagogique vise (…) à entretenir les connaissances déjà acquises par les élèves tout en permettant l’acquisition de nouveaux savoirs ».

Pour palier la fermeture des établissements scolaires, le gouvernement a souhaité qu’une continuité pédagogique soit mise en place, celle-ci « vise, en cas d’éloignement temporaire d’élèves ou de fermeture d’écoles, collèges et lycées, à maintenir un lien pédagogique entre les professeurs et les élèves, à entretenir les connaissances déjà acquises par les élèves tout en permettant l’acquisition de nouveaux savoirs ».

A l’heure où la méfiance envers l’éducation nationale n’a de cesse de croître, où la communication entre enseignants et parents est parfois difficile, les parents se voient aujourd’hui déléguer l’exercice de l’instruction de leurs enfants.  Si jusqu’à présent comme l’a déclaré l’historien de l’éducation Claude Lelièvre « l’école républicaine française s’est constituée en laissant les parents dans une position marginale dans son fonctionnement », en cette période de confinement les familles se retrouvent au centre du dispositif éducatif et pédagogique.

L’école à la maison et le défi des parents

« l’école républicaine française s’est constituée en laissant les parents dans une position marginale dans son fonctionnement »

Claude Lelièvre

A l’excitation des premiers jours de confinement, du flambeau de l’instruction que bon nombre de parents se réjouissaient de saisir, accompagnée d’idées fleurissantes cueillies de part et d’autre sur la toile, vinrent ensuite les premières inquiétudes.

Nombreux parents, comme une partie du corps professoral, s’inquiètent des inégalités induites par cette soudaine délégation de la charge scolaire à la famille.

La classe à la maison, les activités à réaliser avec les plus jeunes, les exercices pour l’élémentaire… à combiner parfois en fratrie, à conjuguer avec le télé travail… Finalement l’instruction en famille (IEF) tant vanté depuis quelques années est beaucoup moins évidente qu’il n’y paraissait.

C’est donc dans ce prisme que se pose la question des inégalités.

Des inégalités de moyens aux inégalités conjoncturelles en passant par les inégalités sociales.

Les premières inégalités concernent les équipements des familles. En effet ces dernières ne disposent pas toutes de matériel informatique (les dernières données chiffrent à 77% le taux de famille équipée d’un ordinateur), de connexion Internet, d’outils de reproduction (imprimantes)… S’ajoute à cet axiome, le « partage » du matériel en famille.  Si celle-ci est équipée d’un ordinateur et que plusieurs enfants sont présents dans le foyer, comment élaborer le partage de son utilisation ? Faut-il alors établir une hiérarchie au sein même de son foyer, en priorisant la continuité pédagogique d’un enfant plus qu’un autre ? Mais quels seraient alors les critères ? Et dans ce cas n’est ce pas aller à l’encontre même du principe de continuité pédagogique ?

Par ailleurs, les conditions d’habitation ne sont pas les mêmes pour tous, au logement exigu, s’ajoute la configuration de l’espace des habitations où parfois l’agencement des pièces est peu propice au travail, à la concentration et au calme.

A cette problématique de l’équipement se juxtapose l’accompagnement familial, également au cœur de cette continuité pédagogique. Certains parents, pour des raisons polymorphes et qui ne sauraient être jugées, ne peuvent gérer l’accompagnement pédagogique de leurs enfants. Les parents peuvent alors se sentir complètement démunis car incapables d’expliquer tel ou tel exercice, quand leur enfant leur assaille « ce n’est pas comme ça qu’on fait avec maîtresse ». Car oui le parent n’est pas enseignant.

Par ailleurs bon nombre de parents doivent assurer leurs fonctions professionnelles en télétravail et ne peuvent accorder le temps nécessaire à l’accompagnement pédagogique.

Vient alors la question de l’autonomie, valeur au cœur des pédagogies alternatives. Comment l’autonomie pourrait-elle peser sur les inégalités ? Les journées d’école sont structurées et sécurisantes pour bon nombre d’enfants, et encore plus pour ceux qui éprouveraient des difficultés. Une autonomie poussée à l’extrême peut être bien plus anxiogène qu’il n’y parait et particulièrement pour les enfants les plus fragiles.

Faut-il alors craindre un accroissement des inégalités parmi les enfants par la mise en place de cette continuité pédagogique ?
Il ne m’appartient pas d’y répondre même si les éléments précédemment exposés sont factuels et qu’il est difficile de les ignorer.

Pour autant je dirai que cette continuité ne sera un succès que si parents et enseignants marchent ensemble main dans la main, et que nous, les parents, fassions pleinement confiance aux professionnels de l’instruction, qui nous accompagnent au quotidien dans cette délégation.

S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de cette traversée je voudrais que ce soit celle de l’importance de l’école et du corps enseignant dans la construction des enfants de demain.

L’école est, au même titre que la famille, un pilier fondamental dans la construction humaine et sociale de l’enfant.

Que cette délégation de la continuité pédagogique fasse prendre conscience aux parents qu’être enseignant est un métier aux compétences particulières et ô combien fondamentales.   

Je souhaiterais que la société réalise un travail d’introspection sur la charge que nous, parents, faisons parfois porter, de manière bien maladroite sur les enseignants, qui sont des spécialistes de l’instruction.

Mes derniers mots seront donc pour l’ensemble de l’équipe enseignante de l’école Courrège, institutrices et instituteurs : MERCI.

MERCI pour votre accompagnement, MERCI pour votre écoute, MERCI de ne pas avoir laissé nos enfants sur le bord de la route.

Enfin, MERCI pour avoir donné vie au principe de la République et de l’Ecole Publique Française :
LA REPUBLIQUE N’ABANDONNE PAS SES ENFANTS.

4 commentaires sur « 08/04/2020 – Le défi de la continuité pédagogique ou l’inégalité de l’instruction en question »

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