Jeudi dernier, l’APE nous a proposé une visioconférence qui s’intitulait « La bienveillance comme clé pour éviter les situations de violence« . C’est Mme Badie, psychologue de l’association Ecole des parents et des éducateurs de la Haute-Garonne, qui a animé cette soirée.

Plus d’une vingtaine de parents étaient présents ainsi qu’une enseignante de Courrège, avec beaucoup d’attente quant au contenu de cet échange. En effet, la question de la violence à l’école, des situations de violence entre enfants et la réponse que l’on peut apporter en tant que parents lorsque notre enfant s’y trouve confronté (agresseur, témoin ou victime) était dans l’esprit de chacun, avec l’espoir d’avoir enfin une réponse claire sur notre réaction à avoir, les clés que l’on peut apporter à notre enfant pour le libérer du cycle de la violence.

Les émotions de l’enfant, le cœur du sujet

La majorité d’entre nous a déjà abordé d’une façon ou d’une autre le sujet, ne serait-ce qu’en accompagnant notre enfant en Petite Section puisque c’est ce qu’ils travaillent toute la première année de maternelle. Pour autant, il est important de s’y arrêter de nouveau. En effet, Mme Badie a insisté longuement sur cette première partie qui pose les bases du développement de l’enfant. Sa construction se joue essentiellement dans les premières années de sa vie.

Afin de comprendre ce que vit l’enfant, il faut assimiler le fait que son histoire se joue bien avant sa naissance. Des attentes, quelles qu’elles soient, reposent sur lui, non seulement des parents, mais également de tout le cercle familial.
Or, l’enfant naît toujours différent de ce qu’attend l’adulte. Tout simplement parce qu’il est AUTRE.

Pour reprendre rapidement les principes de la psychologie de l’enfant, on identifie 3 phases essentielles dans le développement de l’enfant :

  • Nourrisson : l’enfant n’est que sens, il a besoin de l’adulte qui l’aide à appréhender le monde. Petit à petit, il va découvrir qu’il est fragile et dépendant des autres. Cela créé beaucoup de frustration.
  • Vers 9 mois, c’est la phase bien connue de l’affirmation de la personnalité. C’est à peu près à cette période que l’enfant comprend qu’il est différent de l’autre. Cela génère une manifestation des angoisses plus violente.
  • Entre 3 et 6 ans, selon l’approche freudienne à laquelle se réfère Mme Badie, l’enfant est dans la phase de l’Œdipe : il veut remplacer le parent du même sexe et est dans la séduction du sexe opposé (le petit garçon veut remplacer le père auprès de sa mère). Il est évident que ceci est une phase de construction, et les parents, en faisant bloc, vont permettre à l’enfant de se développer en tant que petit garçon ou petite fille.

L’importance du rôle des parents

A ce stade du développement de l’enfant, Mme Badie insiste sur l’importance pour les parents de ne pas réagir « en miroir ». En effet, lorsque l’on ne comprends pas la réaction d’un enfant (colère, tristesse, …), on pourrait être en colère contre un enfant qui ne réagit pas comme on le souhaite (l’attente de l’adulte pesant sur les épaules de l’enfant).
Ainsi, si l’on venait à se mettre en miroir face à l’enfant : se mettre en colère face à un enfant en colère, refuser un câlin au petit garçon qui s’est détourné de son père en phase d’Œdipe .. L’enfant se retrouve alors démuni de repères, l’adulte n’étant plus là pour le protéger psychiquement.

Ce qu’il faut bien assimiler, c’est que, quel que soit le comportement de l’enfant : ON NE NAIT PAS VIOLENT. L’enfant ne naît pas bagarreur. Par contre, il se construit avec les signifiants que les adultes lui renvoient. Exemple : « Théo est insupportable, c’est un bagarreur. » Il faut donc faire très attention aux étiquettes que l’on pourrait mettre sur le comportement d’un enfant qui pourraient influencer son développement social. L’enfant agit en fonction de l’attente de l’autre. S’il est identifié comme bagarreur, inconsciemment il va se conformer à cette attente.
Dans la même lignée, l’enfant ne sait pas manipuler l’autre. Par contre, il sait s’engouffrer dans les failles de l’adulte. Ainsi, si lorsqu’il fait une crise (larmes, violence, cris), il obtient ce qu’il veut (que ce soit un gâteau à l’heure de passer à table ou l’attention de ses parents qui discutent entre adultes par exemple), alors son mode de fonctionnement ne pourra pas évoluer, puisque « ça marche« .

Aller au delà de l’image négative

Mme Badie nous invite à aller au delà de l’image négative que renvoie la colère. Le comportement de l’enfant est un langage en soi et c’est en l’observant avec bienveillance que l’on va pouvoir aider l’enfant à exprimer ses sentiments. Lorsque l’enfant est en colère (souvent l’émotion génératrice de violence), il est important de prendre en compte ce qu’exprime l’enfant par ce débordement d’émotions. Afin de pouvoir partager avec son enfant, on pourra bien sûr passer par des livres (voir les références en fin d’article) ou par des jeux (le sac à colère par exemple).

« La non-violence, c’est possible si on accepte que la violence n’est pas mauvaise ».

Caroline Badie

Cette affirmation à soulevé plusieurs questions chez les participants, car, a priori, elle est l’opposé même du principe de bienveillance. Ce a quoi Mme Badie a tempéré en nous invitant à comprendre que le temps de l’école est un temps de socialisation. Les enfants – êtres en développement donc – apprennent à vivre ensemble. Et dans toutes sociétés, vivre ensemble génère du conflit et donc génère l’apprentissage de la gestion du conflit. C’est par l’apprentissage de ce « vivre-ensemble » que l’enfant va pouvoir s’intégrer dans les relations sociales.

Des outils pour permettre à l’enfant de se défendre

C’est le moment que nous attendions tous ! Comment faire pour que notre enfant se protège face à la violence de l’autre ? Quand un enfant est en pleine « explosion émotionnelle », que faire face à son agressivité ?

Alors, soyez indulgents envers les limites de la psychologie : il n’y a aucune recette miracle, et tout doit être traité au cas par cas.

Ce que l’on peut retenir :

  • Quand ça déborde, que ça va trop loin : il faut mettre un arrêt (« Ta colère est trop forte pour moi, mets-toi dans ta chambre, nous pourrons discuter après de ce qui te met en colère ») puis revenir plus tard mettre des mots sur ce qui s’est passé.
  • Face à l’agressivité, ne pas se mettre en miroir.
  • Pour un enfant trop empathique (qui n’arrive pas à se défendre) : comprendre à quel moment dans sa construction il a cru qu’il devait protéger l’adulte, ne s’autorisant plus à se défendre lui-même.

Par ailleurs, il nous semble important de rappeler que l’adulte à l’école (enseignants, personnel encadrant) doit être le référent quand les parents ne sont pas là et donc permettre d’incarner les règles qui sont là pour encadrer les conflits entre enfants.

Lorsqu’il n’y a pas d’adultes présents et que notre enfant se retrouve confronté à la violence, lui indiquer que sa propre agressivité va agir comme une limite face à l’autre. Bien sûr, nous n’allons pas encourager notre enfant à taper, mais crier, dire non, s’entourer des autres, ce sont autant de petites clés que nous pouvons lui donner à essayer afin de se protéger.

L’ensemble des parents présents remercient chaleureusement l’Association des Parents d’Elèves d’avoir permis cet échange autour d’un thème qui, malheureusement, est trop présent dans nos cours d’écoles. Un grand merci à l’association EPE31 et son intervenante, Mme Badie, pour avoir rappelé l’importance du rôle des parents dans la construction de l’enfant. La bienveillance de nos enfants se développe avec notre bienveillance face à leurs émotions.

Quelques lectures pour aller plus loin :

Pour les enfants :

  • Le livre en colère de CEDRIC RAMADIER (Auteur), VINCENT BOURGEAU (Illustrations), 2019
  • Le loup qui apprivoisait les émotions de Orianne Lallemand et Eleonore Thuillier, 2017
  • La grosse colère d’Esther de Emmanuelle Cabrol et Olga Demidova, 2016
  • Dans la collection « Mes p’tits pourquoi » plusieurs sujets sont traités comme « La peur« , « La colère« , « Bêtises et limites« 
  • Les Cahiers Filliozat de Isabelle Filliozat

Pour les parents :

  • Au cœur des émotions de l’enfant et J’ai tout essayé de Isabelle Filliozat
  • Pour une enfance heureuse de Catherine Gueguen

Un commentaire sur « Bienveillance et situations de violence : retour sur la conférence de Mme Badie »

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